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Shiver & Shake (libre)

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MessageSujet: Shiver & Shake (libre) Mar 13 Déc - 2:32

Le voyage de sa ville natale à San Francisco avait pris plusieurs jours. L’homme qui l’avait prise en stop avait plusieurs arrêts à effectuer en cours de route et lui avait demandé dès le départ si elle voulait faire le voyage au complet avec lui ou si elle préférait trouver un autre chauffeur. Elle avait hésité, n’ayant pas d’argent sur elle. Mais l’homme avait dit qu’il voyageait pour sa compagnie, et que sa compagnie prévoyait toujours deux chambres lors des déplacements, pour les stagiaires ou partenaires. Le plus souvent, ils ne s’arrêtaient que le temps d’une journée, mais parfois ce n’était que pour la nuit, dépendant de l’avancée du voyage. Elle mangeait toujours peu, se contentant du petit déjeuner inclus avec la chambre. Elle n’avait pas de quoi se payer plus. Et l’épuisement la gagnait : ses nuits étaient toujours écourtées par ses cauchemars. Son chauffeur avait lui aussi les traits qui se creusaient de plus en plus.

« Vous connaissez quelqu’un du coin ? » lui avait-il demandé à un moment, après quelques heures de silence dans la voiture.

« J’ai besoin de changer d’air pour un temps. » s’était-elle contentée de répondre en continuant de fixer la fenêtre.

Le silence s’était installé de nouveau, seulement couvert par la musique qui jouait dans l’autoradio. L’homme était agent de marketing dans une compagnie de téléphonie. Il voyageait tout le temps, mais n’était pas marié, heureusement. Parce qu’il ne serait pas capable d’un travail semblable, disait-il. Autant de déplacements, c’est dur pour le couple, j’ose à peine imaginer. Il avait bien quelques fréquentations ici et là, mais tant qu’il n’aurait pas un poste plus stable – ce qu’il visait – il ne pourrait pas se permettre de se fixer. Il s’appelait Bryan, et à chaque jour, Nicole en apprenait un peu plus sur lui. Plus le temps passait, plus il jacassait, comme si le silence le rendait de plus en plus mal à l’aise et qu’il avait besoin de le meubler. Il était plus agité aussi. Mais le jacassement incessant de son chauffeur ne dérangeait pas la fugueuse, au contraire. Il formait une espèce de mur qui empêchait ses pensées les plus dérangeantes de venir incessamment la déranger. C’est pourquoi lorsqu’elle vit les premiers panneaux annonçant San Francisco, elle eut un léger pincement au cœur. Le silence reviendrait. Elle serait à nouveau seule avec ses craintes, ses souvenirs, son incompréhension.

« Vous voulez que je vous dépose quelque part en particulier ? »

Elle avait secoué doucement la tête. Elle n’allait nulle part en particulier, après tout. Un endroit ou un autre … ça n’était pas comme si elle connaissait la ville, d’ailleurs. Elle lui demanda de la déposer au premier coin de rue qui lui conviendrait. Bryan hocha la tête et ne reparla plus avant d’être en ville et d’arrêter la voiture sur le bord du chemin. Il lui demanda si ici, ça convenait. Elle regarda un peu autour par les vitres et répondit sans trop réfléchir que ça allait. Ils se trouvaient sur une petite rue un peu sombre qui semblait plus industrielle que commerciale ou habitée. Elle le remercia à mi-voix, descendit et alla chercher sa valise dans le coffre. La tenant serrée contre ses jambes, elle resta un moment immobile à regarder la voiture s’éloigner. Tout près, il n’y avait pas de panneaux indiquant le nom d’une rue. Elle décida de marcher un peu pour savoir où elle se trouvait. Après plusieurs minutes à ne croiser que des entrepôts, elle s’arrêta. Elle était inquiète. La peur semblait s’être agrippée à son échine. Il n’y avait pas âme qui vive sur la rue à cette heure. Elle était seule avec elle-même, ce qui était loin de la rassurer. Elle tourna la tête vers la droite et vit un bâtiment assez vaste qui semblait hors service. Il ne faisait pas tout à fait jour. Il valait sans doute mieux qu’elle s’arrête avant de continuer à marcher dans le milieu de nulle part jusqu’au milieu de la nuit.

Un long moment, elle regarda l’entrepôt, pas trop sûre d’elle. Mais elle finit par se dire que cela valait mieux que la belle étoile. De toute façon … elle n’avait pas d’argent pour se payer une chambre ou quoi que ce soit. Elle prit son courage à deux mains et fit quelques pas vers le bâtiment.
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